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Erratique
L’appartenance des Fauvettes à la famille des Sylviidés pourrait faire penser qu’à l’instar des Pics et des Grives ce soient des oiseaux forestiers. Pourtant, plus qu’à l’ombrage et la sécurité des grands arbres, la préférence de ce groupe de Passereaux va aux buissons, haies, fourrés, massifs de végétation épineuse voire inextricable des garrigues ou maquis des lieux arides…
Notre Fauvette à tête noire constitue peut-être un cas à part, puisque bien plus familière que ses cousines elle vient s’approcher des habitations, fréquentant jardins, parcs et îlots de verdure en pleine ville. Des plus discrète, leste et furtive, elle passerait inaperçue si sa présence n’était pas trahie par ses cris de contact, des « tèc » « tèc » secs et percutants, imitant le son de deux galets que l’on entrechoque.
Mais c’est surtout l’éclat de son chant, mélodieux, flûté, rythmé et très sonore avec de subtiles modulations, produit dès l’aube puis poursuivi assidûment par phases tout au long de la journée qui va révéler l’âme de poète qui sommeille en chacun de nous…
En avant-gardiste des migrateurs au long cours – ses déplacements ne la conduisent guère au-delà des pourtours de la Méditerranée - la Fauvette à tête noire nous annonce aussi bien la naissance du Printemps que l’optimisme devant les jours qui viennent argumenter leur provision de vie à la Lumière.
Tout comme ses consœurs, la Fauvette à tête noire confine à la grâce et l’élégance un corps mince, svelte et jamais en repos. Lorsque, dérobée des regards, elle sautille d’une branche à l’autre au cœur d’un fourré, le cou tendu vers quelqu’objectif connu d’elle seule, elle ne craint pas d’accompagner sa quête de quelques fluides gazouillis, histoire d’honorer la bienveillante fraîcheur de ses cachettes.
« La Fauvette qui saute et qui chante », ce conte peu connu des frères Grimm aurait-il été inspiré par ce folâtre manège ?
Oh enfant, reste dans la pureté de ton innocence ! Laisse-toi guider par ta bonne étoile ; la terre se réjouit à chaque instant de ce cœur qui bat son rythme dans ta poitrine.
Et lorsque tu iras te cacher au fond du jardin, fuyant la parole des adultes, attendant que l’on t’appelle, garde prudemment en toi ce secret qui t’a été confié.
Ce savoir effilé, à la fois lointain et proche, qui, errant au hasard, en suivant des sentiers invisibles se dévoile et se dérobe à tes compréhensions.
Comme si derrière chaque chose, chaque sentiment, chaque pensée, aussi ténue puisse-t-elle être pouvaient apparaître les échos d’un monde, dont il suffirait de franchir le seuil pour aborder l’autre versant du réel…
Ne le laisse pas s’échapper avant d’en avoir savouré sa succulente pulpe et que veille en ton âme la douce bienveillance des sources de la Vie…
Christophe Perret-Gentil, 18.03.2025